Nord Est du Vietnam : 8 jours à moto en terre inconnue

Comme les meilleures choses ont une fin, cet article est écrit depuis une jolie maison dans le Sud de la France. La maison a beau être très jolie,  les habitants charmants (normal, c’est Mam & Dad) et la cave bien remplie, en rentrant de voyage nous nous laissons facilement prendre dans une langueur douce et une nostalgie enveloppante. Nous flottons entre une réalité qui semble lointaine et des souvenirs qui semblent réels.

Aujourd’hui j’ai décidé de donner forme à certains de ces souvenirs, la dernière étape de notre voyage au Vietnam, une aventure fabuleuse. Nous vous emmenons découvrir la région d’Ha Giang une province préservée située au Nord Est de la très populaire et très touristique Sapa.

Nous arrivons à Ha Giang tôt le matin, dans la brume et le crachin.  Le bus nous dépose devant un loueur de motos. Les négociations sont âpres : nous sommes fatigués, c’est la fin du voyage et à ce stade là le Vietnam nous laisse une impression très mitigée dominée par la nécessité désagréable de sans cesse devoir louvoyer pour éviter les arnaques touristiques.

Nous tirons finalement un excellent prix de la moto, en partie grâce à la durée inhabituellement longue de notre location (8 jours pour un trajet qui est effectué en 2-3 jours par la plupart des visiteurs) mais aussi car pour une fois, il est possible de négocier dans la bonne entente.

Nous voilà donc prêts pour le départ. A deux sur une moto , cheveux aux vent, ray ban sur le nez, perfecto en cuir jeté sur l’épaule, on était fin prêts. Voyez donc :

Nous. Céline et Xavier Jean en moto.

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Si seulement ….

Nous c’était pas trop poil brillant et peau luisante (…)  c’était plutôt tignasse desséchée fourrée sous le casque Vietnamien made in China, sac brinquebalant qui prend toute la place, yeux qui pleurent et nez qui coule. La dure condition de l’être humain qui doit faire avec son corps. Ca vous vend du rêve là, la balade à moto en amoureux ? Je vous l’ai dit, à ce moment là nous étions fatigués, désabusés, irritables, bref, c’était crachin dans le ciel et crachin dans nos cœur, car le voyage c’est aussi ça.

Après avoir changé trois fois la configuration des sacs, fait une cure de « choco-pie »(les gateaux au chocolat c’est toujours bon pour le moral) et vérifié sur  internet que la région « est vraiment magnifique et vaut le détour », on se lance. Je m’accroche à Xavier Jean comme à une bouée de sauvetage et Xavier-Jean s’accroche au guidon comme un pilote de formule 1 à son volant (ou un ambulancier du SAMU à son volant, c’est pareil …). Finalement nous avons eu mille fois raison de persévérer car cette virée en moto s’est avérée être un des plus beaux moments de tout notre voyage. Rapidement on se laisse emporter par le paysage, nous traversons des vallées et des cols, des sommets pris dans la brume et des collines illuminées par un rayon de soleil. Doucement, sans même qu’on s’en rende compte, la nature fait son œuvre, nous devenons des enfants émerveillés devant la pile de cadeaux au pied du sapin.

Notre première surprise est la vue sur Tam Son que l’on découvre au détour d’un col en venant d’Ha Giang, après avoir passé la « porte du Ciel ». Une large vallée plate entourée de pic montagneux s’étends devant nous. Le village de Tam Son s’étale dans cette vallée, illuminé par quelques rais de lumières qui percent au milieu d’un ciel d’orage. Mais la vraie particularité de ce paysage c’est les petits dômes de verdure parfaitement arrondis et réguliers qui  sortent de terre au milieu de la vallée tels les seins de Pamela Anderson en version naturelle (que l’office du tourisme de Tam Son me pardonne pour avoir ainsi profané leur patrimoine naturel et leur montagnes calcaire taupinières, appellation dévolue …). Un décor tout à fait étonnant et inhabituel qui méritait bien une pause photo.

Par la suite nous traversons des cols, des vallées, des villages sur une petite route qui serpente au milieu du paysage. Notre appréhension de la conduite dans cette zone s’envole rapidement quand nous voyons que les camions sont finalement peu nombreux et roulent doucement. Le danger vient plutôt des voitures privées qui semblent avoir un fort complexe de supériorité et avoir été victimes d’une erreur de montage en chaine : elles n’ont pas de pédale de frein ! Très étonnant et très dangereux …

En s’enfonçant dans les montagnes nous commençons à croiser des familles qui rentrent des champs avec leur paniers et leurs bêches, les épaules chargées de bois ou de branchages, on croise des enfants qui poussent des troupeaux de chèvres, des vieillards qui tirent des vaches 10 fois plus grosses qu’eux, des femmes qui portent leurs enfants dans le dos et des petites filles en robes roses qui marchent à la queleleu debout sur la rambarde de sécurité au dessus d’un à pic de dizaines de mètres. Ce spectacle de la vie quotidienne est rehaussé par  la gaieté des habits traditionnels des habitants. Tous appartiennent à des ethnies montagnardes régies par des codes de vie et des codes vestimentaires bien particuliers. Il y a les Hmongs fleurs, les Hmongs blancs, les Ha Nghis, les Lolos noirs, les Nungs, les Daos rouges et les Daos blancs … On est instantanément conquis par cette région.

Aussi quand le jour tombe on s’arrête dans une petite bourgade en haut d’une montagne pour passer la nuit. A priori les habitants étaient des Hmongs … Au programme un diner archi copieux qui aurait pu contenter tout le village, de belles rencontres avec les habitants que l’on découvre profondément gentils et accueillants mais timides, et une bonne nuit la tête dans les étoiles.

Le lendemain matin on descend dans la vallée vers Yen Minh, on traverse la couche de brume avant d’atteindre la ville ou règne l’animation d’un jour de marché.

Il est donc 8h quand nous nous installons pour le petit déjeuner dans une gargote de rue. On nous sert deux cafés Vietnamiens comme on les aime : forts et sirupeux, aves des arômes de noisettes grillées et de chocolat. Arrivent 4 chauffeurs de camion. Roulement de tambours, la tension monte, la tragédie se prépare.

Ils commandent une soupe aux abats. Le patron sort son hachoir, ses estomacs et ses intestins et commence à préparer tout ça. Xavier-Jean me regarde. Je le regarde. Lueur d’inquiétude.

La Patronne pose sur leur table 4 petits verres et une bouteille d’alcool de riz sort de nulle part. Nouveaux échanges de regards silencieux. Il est temps d’enclencher le plan « extraction de milieu hostile ». On se lève pour payer mais c’est déjà trop tard ! Nous voilà invités -une invitation que l’on ne peut pas refuser- à rejoindre leur table.

On s’installe donc et on voit arriver avec horreur devant nous des petits bols destinés à recevoir des tripes et des petits scooters d’alcool. Comme dit Xavier-Jean : « faut boire d’abord l’alcool, les tripes passeront mieux » … Et avec le sourire bien sûr !

Après cette petite pause fort revigorante nous reprenons la route direction Dong Van. Nous pénétrons alors dans le GeoParc répertorié par l’UNESCO et commençons un voyage dans une succession de paysages fabuleux qui affolent le regard et le déclencheur de l’appareil photo. La nature s’est déchainée dans cette région qui a subit les caprices de la tectonique et l’érosion de montagnes calcaires à grande échelle. Il en résulte des pics surgissant de la terre au milieu des montagnes pour former un paysage absolument dramatique.

On s’arrête sur la route à l’ancien palais du roi Hmong. On y mange des galettes de sarrasin cuites sur un petit barbecue et on passe un moment agréable avec une petite fille sui se prend d’affection pour Xavier-Jean et son appareil (ce n’est que la deuxième en quelques jours … ). Le palais est intéressant et paisible mais après ce déchainement de la nature il fait presque simplet !

Le lendemain on fait un détour vers l’extrémité Nord du Vietnam à la frontière avec la Chine. L’occasion de partager l’intimité d’une famille ethnique qui nous invite à partager son repas. Un moment plein de rires et de curiosité partagés, un échange humain fabuleux.  A Lung Cu il est possible de monter dans la tour du drapeau, on a ainsi une vue panoramique fabuleuse sur la région !

La troisième étape de notre périple nous emmène sur la très fameuse route de Dong Van à Meo Vac qui passe par le col de May Pi Leng. la route serpente à flanc de falaise surplombant de profondes vallées et canyons. Superbe, vertigineux, majestueux.

En route nous nous engageons sur des chemins de traverse qui nous conduisent à une expérience digne de rendez-vous en Terres Inconnues. Au milieu des montagnes calcaires dans un paysage desséché et sauvage une colonne de fumée s’élève au dessus d’un groupe multicolore qui se détache parfaitement dans ce paysage en demi teintes. Au son du tambour une petite foule enivrée fête un mariage. Rapidement des hommes en tenues noires et à l’haleine oenolique accompagnés de femmes bariolées hésitant entre curiosité et timidité viennent à notre rencontre. Un instant suspendu dans le temps et l’espace.

Nous avons la chance d’être à Meo Vac le Dimanche, jour de marché des ethnies. On se lève tôt pour se mêler à la foule joyeuse qui envahit la petite bourgade nichée au creux des montagnes. Ici tout se vend et tout s’achète : des chiots pour garder les foyers, des cochons, des vaches, du riz, des tissus, et surtout … de l’alcool de riz. Vendu dans de gros bidons, les femmes ne sont pas les dernières à tester chaque production. Il en résulte une foule très joyeuse, un tantinet titubante. Les familles se retrouvent autour d’une pho bo dans le grand marché couvert, c’est un moment chaleureux et convivial. Nous suscitons la curiosité mais personne ne souhaite nous vendre quoi que soit. Authentique on vous dit. Même pas moyen d’acheter un petit porc dodu … !

Nous terminons la boucle le cinquième jour en repartant en direction de Yen Minh. on est un eu ankylosés mais on des étoiles plein les yeux !

 Si cette boucle vous intéresse vous trouverez toutes les informations techniques (ou une grande partie du moins dans notre article technique « carnet de route au Vietnam »). On donne nos bons plans, les hôtels qu’on a aimé ( ou pas …. !), et tout ce dont on se souvient qui peut être utile !

2 réponses à “Nord Est du Vietnam : 8 jours à moto en terre inconnue

  1. Authentique ! que j’aime ce mot, il sonne comme voyage émotions et aventures inoubliables. Joli article, des photos qu’on aimerait voir en immense car très très belles, merci ! Heureuse d’avoir découvert votre blog.

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