Tana Toraja, le pays où les buffles valaient un milliard

Au pays Toraja les buffles se monnayent comme les stars de football. Au grand marché de Rantepao, tous les six jours, jusqu’à 350 buffles sont vendus. Récemment une star locale a été vendue pour un milliard de roupies Indonésiennes. Un milliard ca fait 66000 euros. Certes c’est le prix d’un orteil d’Ibrahimovic mais rapporté au salaire moyen, c’est le jackpot à l’Euromillion un Vendredi 13 !

Il y a beaucoup de similitudes entre un joueur de football et un buffle (les cornes, le regard, la volonté irrépressible à se vautrer dans l’herbe et la boue, le dialecte) mais tout de même il y a bien une différence majeure. C’est que pour le buffle ca se finit toujours mal. Et plus il vaut cher plus ca tourne mal.

 

Bienvenue en Pays Toraja.

Situé au cœur de Sulawesi Sud (anciennement Célèbes, une des cinq plus grandes iles de l’archipel Indonésien) le pays Toraja est notre dernière destination en Indonésie. On s’attendait à découvrir une civilisation très intéressante et de beaux paysages. Si je dis qu’on a pas été déçus c’est une litote (et non pas un euphémisme).

Le pays Toraja se mérite, après un vol depuis Lombok nous avons atterri sur Sulawesi, à Makassar (Ulang Pajung). De là, il faut encore 10 heures de bus local pour rejoindre Rantepao le cœur du pays Toraja.

Il vous suffira de trois clics sur internet pour comprendre ce qui nous a attirés au pays Toraja : enclavé au milieu des montagnes le pays Toraja se caractérise par sa culture particulière. Un mélange de protestantisme amené par les colons Hollandais et des vestiges de la religion originelle (Aluk To Dolo, « la voie des Ancêtres »). Parmi ces vestiges ancestraux, les rites funéraires sont les plus impressionnants. Pour chaque décès une immense cérémonie est organisée. Parfois elle se tient plusieurs mois après le décès le temps de réunir l’argent nécessaire et rassemble des centaines de convives. Pour accompagner l’âme du défunt au paradis et pour qu’elle y trouve une bonne place, il faut sacrifier des buffles (ca ne marche pas avec les joueurs de football, hélas). Et plus ils sont nombreux et beaux, meilleure est la place. Avec un buffle à un milliard c’est une place VIP garantie ! De nombreux cochons sont aussi sacrifiés, mais ca c’est plus une histoire de repas pour les convives ! Voilà ce que l’on trouve en trois clics sur internet concernant le pays Toraja (plus pas mal d’informations sur leurs maisons typiques en forme de bateaux, vraiment étonnantes, les Tongkonan).

Mais en fait le pays Toraja c’est bien plus que ca et nous y avons vécu quelques jours formidables.

Nous voilà donc fraichement débarqués à Rantepao.

Yussuf, notre guide, nous entraine dans une première journée ou nous enchainons la découverte des hauts lieux Toraja. Dans la même journée nous découvrons des arbres dans le tronc desquels reposent des petits corps de bébés, des caveaux creusés dans des falaises et surveillés par des poupées à l’effigie des morts, nous traversons des villages de maisons Tongkonan traditionelles et nous emmenons dans le sillage de notre voiture des rires d’enfants et des sourires bienveillants. C’est certain nous y sommes : le pays des gens-sourire qui célèbrent la mort.

Pour notre deuxième journée justement, nous assistons à une cérémonie funéraire. On arrive sur place en même temps que plusieurs camions remplis de parents qui débarquent avec des cochons entravés et ficelés sur des bambous. Le point d’orgue de la cérémonie c’est les sacrifices. N’imaginez pas un rituel esthétique et bien organisé. Les cochons sont tués un peu partout au milieu des convives (sous les yeux des autres petits cochons qui attendent leur tour). C’est assez artisanal et pas franchement esthétique. L’air est plein de l’odeur du sang et on circule au milieux des bouts de viande pour atteindre un petit espace de repos en bambou avec une vue imprenable sur la zone d’équarrissage des buffles. Ils ont le sens de l‘hospitalité car la famille de la défunte vient nous servir du thé et des petits gâteaux. C’est assez incongru de siroter du thé (ou d’essayer en tout cas) en regardant des petits cochons se faire occire. Mieux valait se concentrer sur le sourire des gens, la convivialité et les explications techniques de Yussuf. Dans un autre espace en bambou comme le notre, les différentes branches de la famille (parfois venues de très loin) se succédaient pour manifester leur présence aux enfants et petits enfants de la défunte (les seuls d’ailleurs à être en grande tenue) et contemplaient avec satisfaction tous ces buffles qui accompagnerait leur proche au paradis.

Mais quand même, ce soir au diner, pas de cochon, sans façons, non merci.

Mais notre coup de cœur du pays Toraja c’est certainement les quelques jours de trek à travers les rizières et les nuits passées chez l’habitant.

Marcher dans les rizières c’est du sport. Au cas ou vous prendrait l’envie de marcher au milieu des terrasses de riz voici 4 règles d’or d’après notre expérience personnelle :

  1. Ne pas glisser : concentrez vous bien sur la mince bande de boue qui sépare deux terrasses. Si vous glissez, dans le meilleur des cas c’est un bain de boue au milieu des pousses de riz. Mais dans le pire des cas vous vous retrouverez à partager le spa personnel d’un buffle. Et ca non, vraiment, c’est pas une bonne idée (mais je veux bien partager un bain de boue avec un joueur de football)
  2. Bien tâter le terrain : parfois la petite bande entre deux terrasses est couverte d’herbes, et là c’est encore plus vicieux. Car sous les herbes peuvent se cacher de gros trous pleins de boue qui attendent d’aspirer votre chaussure (mettez votre pied dans un trou de boue, lacets peu serrés et vous comprendrez)
  3. Ne pas être complexé : genoux, mains, feuilles, arbustes, tout peut être utilisé. Les ponts de bamboo (en gros quatre gros bambous collés pour franchir une rivière sur une dizaine de mètres) peuvent être franchis à quatre pattes (mais on est toujours passés debout je tiens à le dire!) et si vous êtes couverts de boue, ce n’est pas grave, c’est une tenue de camouflage !
  4. Avoir un ami en scooter : malheureusement Xavier-Jean étant souffreteux il a préféré troquer la fin du parcours du deuxième jour contre un tour de moto cross*.

 

Voilà une fois que vous avez la technique, vous pourrez profiter pleinement.

Les paysages sont magnifiques, les rizières dessinent de grands patchworks dans des camaïeux de vert accrochés aux montagnes. La saison des pluies nous a gratifiés de magnifiques ciels d’orage avec des lumières incroyables qui venaient percuter les vallées et les rizières. Bref, des panoramas à couper le souffle. Sur notre route nous étions toujours accompagnés par les «  hello mister » ou «  hello miss » des gens qui travaillaient dans les rizières ou que nous croisions sur le seuil de leur maison. Partout des enfants s’approchaient avec de grands sourires et beaucoup d’éclats de rire. Quand on passait devant une école c’est par la fenêtre de la salle de classe qu’ils nous saluaient !

Les photos de cet endroit magnifiques sont visibles ici .

Et comme la convivialité passe souvent par une tasse de thé ou de café je peux vous dire qu’on en a bu, des thés et des cafés !

En ce qui me concerne devant l’insistance d’un groupe de femmes au travail, j’ai aussi du enlever mes chaussures, retrousser mon pantalon et participer à la plantation du riz au milieu des fous rires (vous serez ravis d’apprendre que je plante très bien le riz). ( photo ici !)

Et puis le soir, au milieu d’un petit village traditionnel nous avons appris des recettes médicinales ancestrales. Si vous croquez un piment, serrez un tronc de bananier dans vos bras jusqu’à disparition de la brulure (si vous habitez en France, la brulure devrait déjà être apaisée lorsque vous verrez le tronc du bananier, c’est dire comme c’est efficace !). Si vous avalez une arrête de poisson de travers, posez votre assiette sur votre tête jusqu’à ce que ca passe (non validé pour les Fish and chips en cornet).

Ah et puis, avez vous déjà vu un Indonésien imiter un touriste Japonais demandant du thé? C’est très drôle …

 

 

Voilà de notre voyage en Pays Toraja on repart la tête pleine de beaux souvenirs !

Les images des maisons, des rizières, de la cérémonie etc  suivront dés que la connexion internet sera plus propice !

*A ce jour il a bien récupéré, peut être grace à une recette ancestrale ….

 

Les photos de l’aventure en pays Toraja , dans l’album photo de Sulawesi : Quelques images de Sulawesi

 

 

4 réponses à “Tana Toraja, le pays où les buffles valaient un milliard

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